
« La haine de soi est un sentiment dont nous avons rarement conscience« , constate Charles Rojzman, auteur notamment, avec Nicole Rothenbühler, de Savoir s’aimer dans les temps difficiles (Guy Trédaniel éditeur)
Est-on seul à reprocher aux autres des faits insignifiants ? Est-on seul à croire qu’il y a au fond de chaque esprit, bien caché dans l’inconscient, sous des couches et des couches d’oubli, une haine intense ?
Vous êtes-vous demandé combien d’entre nous tiennent soigneusement caché à l’intérieur d’eux, un monstre capable du pire.
La haine de soi est un phénomène complexe et douloureux.
C’ est un sentiment dont nous avons rarement conscience, d’abord parce que nous le refoulons, tant il est effrayant et devastateur. Ensuite, parce que, lorsque nous rencontrons des difficultés, nous avons tendance à penser que d’autres en sont responsables. Nous avons du mal à voir qu’elles viennent de nos propres empêchements et de ce qu’ils traduisent : une piètre image de nous-même.
Reconnaître sa présence en nous, c’est quelque chose qui nous est tout simplement interdit par nos conditionnements. On veut bien la voir chez les autres, mais en soi, c’est impossible. Le mouvement de haine qui porte à haïr l’autre permet de rejeter le mauvais, de le mettre à distance.
Pourquoi parler de haine plutôt que de manque de confiance ou d’estime de soi ? Parce qu’il s’agit d’un sentiment sans nuance, qui produit une image déformée et diabolisée de soi : on se voit tout entier mauvais, inadapté, incapable.
Cet état peut émerger dès l’enfance, dès l’adolescence, à partir de négligences, de négation de sa personne par l’entourage, de dévalorisation permanente, de critique constante. Un enfant va comprendre qu’il ne vaut rien et à fur et à mesure qu’il va grandir, il va éprouver un dégout permanent de lui-même.
Être rempli d’un profond dégoût pour soi rend difficile d’avancer et d’aller au-devant des autres pour entretenir des relations saines.
Souvent la haine de soi amène à la jalousie, au besoin de blesser autrui, car lorsque l’on est enfermé dans sa propre haine on ne comprend pas le bonheur et que l’on peut devenir nuisible envers les autres.
Alors peut-être, avez-vous ressenti un sentiment de culpabilité qui a émergé de vos propres sentiments de colère, de haine, de jalousie, du besoin de blesser.
Ou peut-être aussi, avez-vous ressenti de la rage de ne pas réussir à atteindre les mêmes résultats qu’une autre personne, ce qui vous a mené à vous comparer, ce qui a pu mettre en place une haine personnelle envers d’autres personnes et qui mènera parfois à faire du mal.
A quoi vous condamne la haine de soi ?
- La haine de soi est lourde à porter.
- Elle fait de vous votre pire critique, un juge très dur. Elle rend le pardon à vous-même très difficile, car lorsque vous faites des erreurs, elle nourrit une constante culpabilité.
- Elle ne se manifeste que par la colère, le dénigrement de soi, une faible estime de soi.
- Elle vous fait prendre au sérieux toutes les critiques qu’on porte sur vous, car elle renforce l’idée horrible que vous vous faites de vous-même.
- Quand vous vous haïssez, il est difficile de défendre les parties de vous qui sont mises à mal, car vous avez honte de votre vraie personne.
- Vous portez sans cesse un masque pour ne pas montrer aux autres ce que vous êtes vraiment, car la honte de ce que vous êtes vraiment prend le dessus.
- Vous semblez toujours devoir être reconnaissant de l’amour que l’on vous porte.
- Vous portez ce sentiment que les autres sont mieux sans vous, que vous êtes une intrusion dans leur vie.
- Cette incapacité à vous aimer vous-même vous rend peu enclin à accepter l’amour des autres.
Mais comment surmonter la haine de soi ?
En prenant conscience de cette attitude à l’égard de vous. La haine que vous vous portez est une réelle hostilité contre vous que vous nourrissez toute la journée pour vous accuser de tous les vices, de toutes les stratégies malsaines.
Vous pouvez revenir aux origines de la haine que vous éprouvez envers vous, pour la rencontrer, pour la comprendre avec ses mécanismes.
En vous demandant si vous parliez à quelqu’un comme vous vous parlez, ce serait juste ?
Vous pourriez remonter le fil de l’histoire de cette haine et en s’intéressant à ce qui l’a rendue si présente, a ce qui l’a faite grandir. En vous rendant compte que ce sont les marasmes du passé qui vous font toujours redouter de mal faire, qui vous conduisent à vous effacer au profit des autres ou à vous soumettre à ceux qui vous effraient.
Et accepter que jusque-là, vous avez manqué de lucidité sur ce que vous avez vécu, et en acceptant d’avoir de la compassion pour vous-même.
Réaliser combien c’est douloureux de haïr les autres, et combien c’est douloureux aussi d’être haï par les autres.
Cet article m’a été inspiré par le livre « De la haine de soi à la haine de l’autre » de Didier Lauru. Editions Albin Michel.
Je suis sophrologue caycédienne, mon cabinet se trouve à Toulouse.