
Quand et où a commencé la chasse aux sorcières ?
La chasse aux sorcières débute pendant Le Moyen Âge tardif (XIVe et XVe siècle – 1er janvier 1301 → 31 décembre 1500)
Ce déchainement est initié par une tentative d’empoisonnement du pape Jean XXII
par Hugues Géraud, évêque de Cahors de 1313 à 1317. Hugues Géraud se procure des poisons et des statuettes de cire pour procéder à l’envoûtement du pape, mais son complot est découvert et toutes les personnes impliquées, dont lui, sont arrêtées, il périra sur le bûcher.
Le pape Jean XXII émet alors une bulle pontificale, Super Illius Specula, émise en 1326, qui donne aux inquisiteurs le droit de poursuivre les auteurs de pratiques magiques, comme hérétiques
Parallèlement, l’an 1300 signe l’arrivée de temps difficiles, la croissance et la prospérité de l’Europe stagnent, des fléaux comme la grande famine et la peste noire s’abattent sur la population. La France et l’Angleterre traversent de graves révoltes paysannes, la guerre de 100 ans qui s’étend de 1337 à 1453 se traduit par plus d’un siècle de conflit intermittent. L’unité de l’Église catholique est également brisée par le grand schisme d’occident. Ces évènements plongent la fin du Moyen Âge dans une crise profonde.
Et c’est ainsi que la chasse commence, dans la recherche de boucs émissaires sur lesquels faire retomber la responsabilité de ces temps troublés.
Les condamnations pour sorcellerie sont attestées dès 1380 en Suisse.
En l’an mille six cent neuf, qu’au pays basque, un conflit local tourne aux accusations de sorcellerie, et que Henry IV, roi de France, décide de rétablir l’ordre aux confins du royaume, et envoi sur place une commission pour juger les sorciers et sorcières. S’ensuivra un procès meurtrier qui durera quatre mois.
Pierre de Rosteguy de Lancre, magistrat au parlement de bordeaux, arrête, juge et condamne quatre-vingts personnes au bûcher.
Qui sont les sorciers et les sorcières ?
Un sorcier devient non seulement quelqu’un qui fait du mal, qui cause des maléfices, mais surtout quelqu’un qui adore le diable, qui renie la foi chrétienne. Et c’est avec cet imaginaire-là qu’on va convaincre de la nécessité de réprimer des hommes et des femmes pour des crimes totalement imaginaires.
En trois siècles, la chasse aux sorcières fait entre quarante et soixante mille victimes. Alors qu’au début de la répression, les victimes sont surtout des hommes, rapidement, les victimes féminines deviennent majoritaires, soit quelque quarante mille victimes.
Ce sont le plus souvent des femmes ménopausées, très âgées (donc isolées) ou aussi très belles, comme c’est le cas au Pays-Basque qui a payé un lourd tribut à la chasse aux sorcières, quand elle démarre en 1609. La façon dont les femmes s’habillent, la vie des femmes et des filles, leur coiffure, leur amour de la danse, les veillées et la danse, le fait qu’elles mangent beaucoup de pommes en fera des suspectes potentielles.
Ou alors des femmes qui utilisent les plantes pour aider les malades à dépasser des fièvres et à soigner les maux du quotidien, et qui faisaient peur à l’Église et à l’État par le pouvoir et la liberté qu’elles en retiraient.
C’est sur le territoire de l’Allemagne actuelle que se concentrent près de vingt-cinq mille victimes. Soit plus de la moitié des condamnations en Europe.
Contrairement au nord de l’Europe, le territoire de la France actuelle est relativement peu touché par la chasse aux sorcières. Les bûchers se concentrent dans les régions frontalières comme la Flandre, la Lorraine, la Franche-Comté, la Catalogne, le Béarn et le Labourd.
Comment conduisait-on les procès en sorcellerie ?
Tout commence par un appel à la dénonciation lancé à la population, incitant les personnes à révéler leurs suspicions sur l’entourage. L’inquisiteur se déplace dans toute la région pour susciter ce mouvement de délation, de dénonciation.
L’imagination, l’ignorance et la frustration des uns et des autres fait le reste ; la personne avec laquelle il y a des conflits, la vieille femme qui garde ses distances, celui qu’on suspecte de rendre les enfants malades, qui tarit le lait des vaches. Tous ces maléfices qui sont commis, il faut bien trouver les coupables. Les dénonciations anonymes se multiplient, et donnent lieu à des arrestations en cascade. Accompagné d’un notaire, pour bien s’assurer de la légalité de cet interrogatoire, le juge organise un interrogatoire de l’accusé.
Le processus d’interrogation s’appuie sur Le Malleus Maleficarum (Marteau à sorcières), publié en 1486, qui est le traité médiéval de référence sur la sorcellerie. Il décrit les crimes attribués aux sorcières et les moyens de les extirper. Selon la procédure inquisitoire, c’est au juge de fournir les preuves de la culpabilité de l’accusé.
Comme il n’y a pas de réalité de pratiques de sorcellerie, il n’y a pas de réalité de preuves de sorcellerie et c’est seulement les aveux qui pourront déterminer la culpabilité. Les juges doivent demander aux accusées si elles ont ensorcelé, parfois contre leur propre volonté.
Si elles nient, le juge peut alors décréter que le diable les empêche de parler et passer à l’étape suivante, qui est la recherche de la marque diabolique. Il s’agit d’un signe que Satan aurait lui-même caché sur le corps de la sorcière, en mémoire du pacte qui les unit. Ce signe constitue une preuve de sa culpabilité.
La marque diabolique
Pour rechercher la marque diabolique, on rase intégralement le corps de la sorcière, puisque le démon est censé se cacher dans les poils, y compris dans les parties intimes. Il peut s’agir d’une marque de naissance, d’une ancienne cicatrice. Le stress fait que les femmes ne réagissent pas du tout de façon normale à une aiguille plantée dans leur corps, ce qui constitue une preuve.
Mais il faut en plus des aveux, de la bouche même de la sorcière. Et là, on aborde un chapitre qui est par essence douloureux, celui de l’utilisation de la torture légale comme instrument pour faire aboutir la vérité. Les tribunaux sont autorisés à utiliser la torture pour obliger les sorcières à avouer leurs crimes.
Torturés physiquement, brisés mentalement, les accusés sont broyés par l’effroyable machine à fabriquer des coupables. Pratiquement toutes finissent par raconter au juge tout ce qu’il souhaite entendre. Si la suspecte survit à tout cela, si elle n’a pas avoué, alors le juge décrète que le diable lui a donné la force de supporter cette douleur inhumaine, que c’est la preuve qu’elle a pactisé avec le diable et on la condamne tout de même au bûcher.
Quand a pris fin la chasse aux sorcières ?
C’est un jeune inquisiteur espagnol qui a initié la fin des persécutions ; Alonso de Salazar y Frias, prêtre et inquisiteur espagnol connu principalement pour sa participation au tribunal de l’inquisition espagnole de Logroño qui jugea le cas des sorcières de Zugarramurdi en 1610.
Alonso de Salazar y Frias était un des plus fins juristes de son temps de toute l’Espagne. Il pensait que les sorcières existaient peut-être, mai pour les condamner, il demandait que les preuves soient irréfutables.
Il partit avec deux traducteurs parcourir la Navarre, de manière à pouvoir entendre les personnes accusées de sorcellerie ou qui croyaient en la sorcellerie dans leur propre langue, pour mieux comprendre ce qu’ils disaient et ce qu’ils pensaient.
Au bout de huit mois, il livra ses conclusions au conseil suprême de l’inquisition dans un rapport de près de cinq mille pages qui relataient les propos des mille huit cent deux personnes qui avaient été examinées, donc plus de mille trois cent quatre-vingts enfants de douze à quatorze ans et à peu près quatre cent cinquante personnes adultes.
Pendant ces huit mois, il récupéra 22 échantillons de poudres et de breuvages confisqués, les fit analyser par des apothicaires et des médecins et rapportera n’avoir pas trouvé de plantes toxiques ou d’extraits de provenance animale dans ces produits.
Après avoir lu le rapport et entendu les conclusions d’Alonso de Salazar y Frias , le conseil suprême interdit dorénavant à tout inquisiteur de juger et de condamner à mort une personne accusée de sorcellerie, et ça s’appliqua à toute l’Espagne le vingt-neuf août mille six cent quatorze.
L’inquisition espagnole fut première justice européenne à mettre un terme à la répression de la sorcellerie.
Les derniers procès pour sorcellerie
Les derniers procès pour sorcellerie recensés sont ceux de Michée Chauderon en date du 6 avril 1652 et de Anna Göldin le 13 juin 1782, qui sera la dernière femme exécutée pour sorcellerie dans son pays.
Mon récit s’inspire de ce reportage : Sorcières : chronique d’un massacre | Documentaire | ARTE
Je suis sophrologue, et je vous accueille dans mon cabinet à Toulouse.